Dernière ligne droite pour les 11 candidats à la présidentielle 2017. En dehors des débats, des punchlines et des réseaux sociaux, une autre bataille vient de commencer, celle des colleurs d’affiches.
Les médias modernes ont relégué l’affiche au placard, que l’on ressort en fin de campagne.
Comme déjà précisé dans cet article sur la bataille perdue de l’image, l’affiche est sous-estimée, utilisée de manière classique et créant une uniformisation de l’image des candidats.
L’affiche est réduite à son simple rôle d’affichage et non à son rôle de communication et d’informations… n’oublions pas que l’affiche électorale est la dernière image de propagande que l’on voit avant d’aller de voter.

En général pour cette présidentielle 2017

On reste très classique, sur le choix des visuels, des couleurs et des slogans. Si l’on regarde l’ensemble, nous sommes sur des nuances de gris qui ne contrastent pas avec les panneaux métalliques pour l’affichage électoral (on repère le rouge ou l’arrière-plan blanc).
L’image du candidat est mise bien plus en avant que son programme, on maintient le culte de la personne et on oublie le projet, ou la vision qui rassemble.
L’authenticité n’est pas au rendez-vous, on reste sur des portraits esthétiques et en majorité des arrière-plans fictifs.
Les slogans sont toujours neutre et fourre-tout et très peu mémorisables.
Très peu d’informations sur ces affiches de proximités.

Affiche electorales présidentielles 2017

Dans un premier temps, je vous propose une analyse des affiches des candidats de la présidentielle 2017 et dans un autre article j’évoquerai des pistes de réflexion pour optimiser cet outil.
Je tiens à préciser ici que l’analyse se porte sur la communication de l’affiche de campagne et nullement sur l’idéologie politique du candidat.

François Fillon/ François Asselineau / Jean-Luc Mélenchon / Jean Lassalle/ Jacques Cheminade / Philippe Poutou/ Nathalie Arthaud / Benoît Hamon / Emmanuel Macron/ Marine Le Pen/ Nicolas Dupont-Aignan

 

Nicolas Dupont-Aignan

Simple classique

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de face en plan serré remplit l’affiche. Le haut de la tête est légèrement tronqué. Un sourire sincère, pleines dents. Le classique costard et cravate bleus. On note l’ajout de lueurs dans le regard. L’arrière-plan flou représente un paysage verdoyant au ciel très bleu.
Le slogan qui est éponyme au parti vient barrer l’affiche au niveau de la poitrine du candidat. En bas à droite le prénom et le nom de ce dernier.

Ce que l’on peut percevoir :

Un candidat content d’être là. Une ambiance très chaleureuse. Il se dégage quelque chose de moderne et pourtant de déjà vu… On semble être dans la continuité des affiches de Sarkozy ou Hollande en 2012.
À part ça, aucune information sur le programme, ni sur le projet proposé. Donc clairement une affiche pour s’afficher.

Le slogan : Debout la France !

Dans une typographie classique, mais avec une volonté de dynamique à travers l’utilisation de l’italique, ce slogan éponyme du parti n’apporte rien. Aucune information transmise aux passants…

Marine Le Pen

Le trombi à l’état pur

Ce que l’on peut voir :

La candidate de face, en plein centre, avec un sourire laissant apparaître les dents, à la limite de la crispation. Un regard lumineux et droit, le rajout de lueurs dans l’œil accentue l’impression qu’elle nous regarde. L’arrière-plan est un dégradé d’un gris bleuté.
La lumière éclairant le visage vient réchauffer le teint de peau.
Deux blocs texte, tout en haut pour le slogan et en bas à gauche pour le logo, la baseline et le prénom.
L’unique affiche avec un QrCode pour poursuivre la lecture et découvrir le programme.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance froide et lumineuse. La mise au centre de la candidate, l’accentuation du regard pétillant apportent un côté paisible et doux. La lumière vient redonner un peu de couleur au visage, donnant un effet rassurant.
On note que la candidate ne met pas son prénom et son nom en avant, le visage devra se suffire à lui-même : le culte de la personnalité.
Mon incompréhension se fait sur la neutralité de cette affiche, du déjà vu depuis des années… la candidate se positionne au même niveau que les autres politiques.

Le slogan : Remettre la France en ordre

En tête d’affiche, avec une typographie droite et moderne, ce slogan illustre une vision d’une France actuellement en désordre. La candidate se positionne alors comme la solution pour changer cette vision. Une accentuation sur « France » et « ordre » qui permet d’annoncer ici ces deux axes politiques.
Le choix du mot ordre est intéressant par son sens propre comme figuré, ce qui laissera à chacun le choix de l’idée, tout en restant dans la ligne connue de ce parti.

Emmanuel Macron

Micro Trottoir

Ce que l’on peut voir :

La partie haute de l’affiche représente une photo au format carré du candidat. Il est de face à nous, neutre, sans sourire ni expression visible… un peu comme sur la photo de passeport. On retrouve le classique costard et cravate bleus.
L’originalité de la photo c’est son arrière-plan. Le candidat semble être sur un trottoir, derrière lui des silhouettes floues de passants sont visibles.
Le bas de l’affiche est un encart bleu ciel, dans lequel on retrouve le nom du candidat et son slogan.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance lumineuse, mais à l’arrêt. Le candidat semble complètement figé et inanimé. Il est difficile de retrouver la dynamique des anciennes affiches et surtout du mouvement En Marche ! . Le côté encart bleu vient donner un effet couverture de livre de poche, et renforce le côté statique de l’affiche.
Mon incompréhension se fait sur la rupture avec la communication précédente du candidat… rechercher une posture présidentiable doit-elle être synonyme d’inanimé ?
Sans parler de ce format carré de la photo, qui donne l’impression qu’il est plus petit que ses voisins d’affiche.

Le slogan : Macron Président « La France doit être une chance pour tous. »

Un slogan en deux temps. On commence par lire « Macron président », le candidat affirme sa capacité à être élu dès le premier tour. Ensuite, on poursuit par la citation de ce candidat présidentiable.
Cette citation est creuse aussi bien dans la syntaxe que dans le sens. Le mot chance est aussi bien positif que négatif. La chance est la réussite pour certains, mais c’est aussi le hasard pour d’autres.
L’utilisation de « doit être » laisse sous-entendre une charge, une obligation, une tâche, possible, mais pas obligatoire. On n’est pas ici dans l’action ni dans une affirmation.

Benoît Hamon

Le sympathique

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de 3/4 face, nous regarde, la ligne d’épaule légèrement basculée pour dynamiser l’affiche. Le sourire bien réel qui se retrouve dans son regard. Il est chaleureux, détendu. L’arrière-plan blanc vient contraster avec le candidat. Cet arrière-plan apporte une touche de modernité et va permettre un contraste élevé avec le nom du candidat, situé en haut de l’affiche, en rouge. En bas à gauche un petit encart rouge reprend le slogan du candidat et sur la droite un petit encart vert vient indiquer un hastag de campagne.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance chaleureuse, un candidat bienveillant et simple. Il se dégage de ce portrait quelque chose séduisant, de dynamique. Loin de l’austérité présidentielle habituelle. Comme déjà évoquée lors des primaires, la présence de rouge associé au mot cœur sur cet arrière-plan lumineux pourrait laisser penser au don du sang…
On note l’encart vert, certes timide, mais qui rapporte une dynamique et une évocation de l’écologie.

Le slogan : Faire battre le cœur de la France

Un slogan inchangé depuis la candidature aux primaires. Une volonté de marquer la cohérence du candidat.
Un slogan optimiste ne propose pas de tout renouveler, mais de continuer à faire battre le cœur d’un pays.
Reste juste à savoir ce qu’est, ou qui est, le cœur de la France ?

Nathalie Arthaud

Lisez le programme

Ce que l’on peut voir :

Un arrière-plan rouge. En haut un encart jaune très pâle, avec le slogan en rouge. En dessous, une lettre de la candidate, rédigée en blanc sur rouge, détaillant les grands points de son programme. En bas à gauche la photo de la candidate dans un arrondi. En bas à droite, dans le coin de l’affiche, sur fond jaune le logo du parti.

Ce que l’on peut percevoir :

La charte historique de ce parti. Ici, on n’est pas sur le culte de la personne, mais sur le programme de lutte. Le fond rouge permet de reconnaître rapidement cette gauche du travail et des luttes sociales.
L’esprit de cette affiche est de l’ordre du manifeste. On est ici pour faire entendre sa voix et son combat, non pas pour être président, mais pour sensibiliser.
C’est un très bon point d’utiliser l’affiche comme un moyen d’information, mais il y a un besoin d’en simplifier le contenu pour gagner en impact, en clarté et en séduction.

Le slogan : Faire entendre le camp des travailleurs

Tout est dit. Ici, le but n’est pas de se faire élire, mais bien de se faire entendre. Ce slogan est en accord avec l’utilisation même de l’affiche, pour communiquer, informer et transmettre un message. L’utilisation du « camp des travailleurs » vient sous-entendre l’existence d’autres camps (bureaucrates, patrons, politiciens…) et appuie l’idéologie ancestrale de Lutte Ouvrière et du communisme.

Philippe Poutou

L’ouvrier d’abord

Ce que l’on peut voir :

Sur un arrière-plan rouge, le portrait du candidat de face. Au-dessus un encart avec le logo du parti et une citation comme slogan. En bas de la photo le nom du candidat et en dessous un petit bandeau rouge avec la mention « Ouvrier — candidat anticapitaliste ».

Ce que l’on peut percevoir :

Pas de doute, nous sommes face à un parti de lutte sociale, très à gauche. Ici, le candidat, à travers un visuel qui dégage une certaine authenticité (pas de retouches extravagantes, pas d’arrière-plan fictif), affirme sa position sociale.
Ici, on invite le passant à voter pour Philippe Poutou : un ouvrier-candidat… et pas pour un président ni un simple candidat.

Le slogan : « Nos vies pas leur profits ! »

Ici, le slogan est une citation. On imagine le candidat s’adressant au passant directement. En utilisant la 1re personne du pluriel, le candidat s’inclut lui-même dans son projet. Il ne se positionne pas comme le dirigeant d’un pays, mais comme un individu parmi les autres.

Jacques Cheminade

L’occupation de l’espace

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de face en plan poitrine remplissant l’affiche semble venir vers nous. Le haut de la tête est légèrement tronqué. Le visage du candidat est assez serré. La cravate et la veste grises viennent s’harmoniser avec l’arrière-plan d’un gris plus clair très neutre.
Le slogan est positionné au niveau de la poitrine du candidat, en jaune orangé, suivi du nom du candidat en blanc.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance neutre, un candidat en mouvement. La taille du slogan vient barrer la totalité de l’affiche et stopper son dynamisme. L’association du jaune et du gris ne rajeunit pas l’ensemble (se retrouve en général dans la communication pour les seniors). On ne respire pas en regardant cette affiche, ce qui ne permet pas d’accrocher l’œil.

Le slogan : Se libérer de l’occupation financière

Une typographie que je trouve intéressante, car elle renoue avec le principe de la typographie d’affichage (lisible et épaisse). Le faible contraste et la place donnée à ce slogan, ne permettent pas de l’illustrer. Là où l’on nous parle de « libérer » on vient fermer toute la dynamique de lecture et boucher l’espace.
La valeur ajoutée de ce slogan donne l’axe principal du programme du candidat… même si peu compréhensible, surtout contradictoire avec le style vestimentaire du candidat.

Jean Lassalle

Minimal

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de 3/4 portant le regard au loin vers notre droite, souriant et naturel. L’arrière-plan gris et la faible luminosité ne font rien ressortir de cette affiche. En haut, le nom du candidat et en bas à droite en petit son slogan.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance froide, grisâtre et minimaliste. Difficile de trouver le parti-pris du candidat ni de comprendre son programme.
Le candidat en personne comme seule proposition.

Le slogan : Le temps est venu.

En petit sur la droite, le slogan ne nous donne aucune vision. Le candidat semble mettre en avant son heure de gloire.
Le temps est venu, mais on ne sait strictement pas pourquoi.

Jean-Luc Mélenchon

Le calme avant tout

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de 3/4 face à nous sur le côté droit. Il dégage une sérénité, un léger sourire sur les lèvres et un regard apaisé. Derrière lui, un ciel chargé de nuages gris ou le soleil ne perce pas. Deux blocs textes, en haut à gauche pour positionner le slogan et en bas pour le nom du candidat associé à son logo. Simple et équilibré.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance froide et figée. Le candidat s’impose à nous, par sa posture et sa position. Son calme se veut rassurant.
C’est assez surprenant, on a l’habitude de voir Monsieur Mélenchon dans un style plus agressif, plus dynamique, plus frontale.
C’est donc ici une volonté d’incarner une offre rassurante.
Mon incompréhension se fait sur le choix du ciel nuageux : le candidat se positionne-t-il comme une stabilité, une éclaircie au cœur de l’instabilité, ou se positionne-t-il comme le calme avant la tempête ?

Le slogan : La force du Peuple

Ici dans son traitement graphique c’est le Peuple qui est mis en avant au lieu de la Force. Le côté carré donne une consistance au message et vient accentuer la stabilité de l’ensemble.
Il n’y a pas ici de dynamique de force ou de front. À travers ce slogan et sa mise en image, le candidat semble poser sa force, ou du moins son projet, sur le peuple.

La question sur le choix de ce slogan, c’est de savoir s’il n’y a pas un écho avec le « Au nom du peuple » de Madame Le Pen, au risque de perdre en visibilité et en mémorisation… en tout cas, c’est perdu en originalité.

François Asselineau

La plus printanière

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de 3/4 face à nous sur le côté droit. Il dégage un côté très sérieux et administratif. Là aussi, on retrouve le costard et la cravate bleus. En arrière-plan, un paysage flou, lumineux et verdoyant à l’image d’une campagne française.
Le slogan se trouve en bas de cette photo, et tout en haut le nom du candidat associé au mot président.

Ce que l’on peut percevoir :

Une ambiance lumineuse et ce côté printanier qui apporte une bonne humeur. La stature fixe du candidat et son style vestimentaire, lui donne un côté très bureaucrate, très peu moderne. Des choix classiques, mais cette luminosité vient contraster avec la morosité grisâtre des autres affiches.

Le slogan : Un choix historique

Ce slogan est tellement large qu’on ne sait pas s’il appelle à voter pour le candidat, ou s’il parle de ces élections historiques.

François Fillon

La présidentielle

Ce que l’on peut voir :

Le candidat de 3/4 face à nous sur le côté droit. Il dégage un côté très sérieux et autoritaire, mais son regard un peu tombant n’est pas si aiguisé. En costume et en cravate, les cheveux poivre et sel assumés, avec léger sourire du bout des lèvres. En arrière-plan, un ciel bleu clair et une légère végétation.
Le slogan vient barrer le bas de l’affiche en centré, suivi d’en plus petit du nom du candidat. Aucune présence du parti politique.

Ce que l’on peut percevoir :

Le candidat assume sa maturité et à travers sa posture sérieuse, se positionne comme président. Clairement, cette image pourrait être la photo officielle d’un président. On est ici dans le culte de l’image et dans la séduction par la tradition. On ne cherche pas à casser les codes.

Le slogan : Une volonté pour la France

Ce slogan est malheureusement lié aux affaires du candidat. Sa vérité (son ancien slogan) étant remise en cause, on peut ici interprété que le candidat compte sur sa volonté et celle de ses partisans pour se faire élire et mettre en place son programme… qui à travers ce slogan ne transpire pas une goutte.
En dehors des affaires, ce slogan est risqué, car on peut l’opposer à une autre phrase déjà toute faite : « le vouloir c’est bien, encore faut-il le pouvoir ».

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