— Parenthèse ouverte —

Une fois n’est pas coutume, mais je vais vous raconter ici une petite expérience vécue qui m’a indignée et poussée à la réflexion.

Hier soir j’ai décidé d’aller voir le film The Danish Girl réalisé par Tom Hooper.
Un film qui parle de Lili Elbe, artiste danoise et surtout connue pour être la première trans à avoir subi une chirurgie de réassignation sexuelle en 1930.
Pour faire simple, Lili Elbe a vécu une partie de sa vie dans un corps d’homme, a été mariée et a pris conscience de l’incohérence entre son identité physique et son identité sexuelle.
Je vous avoue avoir hésité, ayant peur que ce film surfe sur la tendance qu’est devenue « l’identité des genres », mais cette séance était suivie d’un débat. Ce qui donnait là tout l’intérêt pour mieux comprendre le sujet.
Je pense ne pas être le seul à ne pas trop savoir différencier un transsexuel, un transgenre, un travesti, l’androgyne, l’intersexe et tout ce qui tourne autour.

Le film en lui même, je l’ai bien aimé. L’histoire ne rentre pas trop dans le débat du genre, mais soulève des questions tout en montrant la rigidité des mœurs des années 1930.
Je n’ai pas senti de volonté d’émettre un jugement (même si parfois un peu d’émotions viennent essayer de forcer nos pensées), j’ai eu l’impression que l’on m’a montré à travers deux points de vue un fait de société très méconnu.
Ce n’est pas un grand film, mais c’est un beau film, avec des cadrages certes classiques mais bien faits, des décors et des costumes qui sentent bon le Danemark des années 30.
Et un acteur qui sent bon la récompense pour son interprétation.

Et bien figurez-vous que cet acteur a été le centre du débat à la fin du film. Moi qui m’attendais à avoir un témoignage sur les épreuves, les raisons et la vie au sein de notre société de personnes trans, je me suis retrouvé à écouter un représentant d’association se plaindre qu’un acteur cisgenre (j’ai au moins appris un mot) interprète le rôle d’un trans.
Pour lui ce film est une insulte à la minorité des trans et montre ainsi l’intolérance du cinéma envers les trans.
Et aux quelques jeunes spectateurs présents de reprendre ces propos et de ramener ça à la sous-représentation des « blacks » dans les oscarisés du cinéma, d’évoquer l’irréalité de la vie d’Adèle, ou d’invoquer des quotas… les autres spectateurs, hésitants, se sont dirigés vers la sortie.
Bref, en deux phrases le débat était clos et à mille lieux sous terre de ce que ce film a voulu nous montrer.

Ce raisonnement m’a fait sourire (un peu quand même). Ce « défenseur des minorités opprimées » m’a surtout paru être un opprimé sur la défensive.
C’est comme-si demain les policiers s’indignaient parce que les acteurs jouant le rôle de policiers ne le sont pas dans la vraie vie… Je vous avoue c’est un choc de prendre conscience que Superman n’est pas un vrai Superman, que Fernandel n’est pas un vrai Don Camillo…

Ce qui peut-être dérangeant c’est de réaliser un film sur un fait réel sans se renseigner sur l’exactitude du fait en question. Mais là ce n’est pas le cas, même si il y a eu quelques petits changements par rapport à la réalité.

J’entends bien qu’il existe des acteurs trans, qu’ Hollywood ne cherche pas à faire briller, mais de là à jeter la pierre sur ce film et de le résumer qu’à ce débat, c’est honteux et contre-productif.
Je vais juste reprendre les propos de l’actrice trans Alexandra Billings, interrogée sur le sujet et qui se veut lucide :

« Est-ce que je connais des acteurs trans qui pourraient jouer ce rôle ? Oui. Mais est-ce que je connais des acteurs trans assez célèbres pour faire financer un film de cette ampleur ? Non, et vous non plus. »

Clairement ce film veut chercher l’Oscar pour toucher une cible plus large et donner plus de visibilité à un fait de société.

 

J’en suis donc arrivé à conclure que la véritable problématique ce n’est pas de représenter une minorité sur nos écrans. La véritable problématique, elle est mise au doigt dans ce film, c’est notre volonté à mettre tout le monde dans des cases.
Ce combat volontaire et hypocrite de notre société à vouloir qualifier l’humain par son sexe, sa couleur, sa religion, sa langue ne fait qu’engendrer des différences.
Notre peur ancestrale de ne pas pouvoir définir clairement d’après un classement établi par un inconnu ce que nous voyons, cette peur nous paralyse à l’idée de devoir faire face à l’inconnu.

Certains peuples moins développés technologiquement, mais certainement plus développés humainement ont déjà identifié et accepté l’existence d’un genre multiple. Et oui le monde n’est pas binaire.

Alors je sais que notre société occidentale aime cette idée de case et de boite. La preuve, nous habitons dans une case, nous travaillons dans une boîte, certains se déplacent dans une boîte de ferraille, nous mettons nos idées dans une boîte, nous échangeons des messages à travers des boîtes, nous allons même festoyer dans une boîte… Mais il est peut-être temps d’appliquer réellement votre tendance marketing « think Out of the box ».

La solution me paraît pourtant simple, pour éviter de créer des minorités, des « ghettoisés », des opprimés, des persécutés, il est peut être temps d’accepter de revenir à notre dénominateur commun qui fait de nous des êtres humains avant d’être autre chose.

Et à toi mon petit opprimé sur la défensive, quand tu souhaiteras faire un débat pour sensibiliser les gens à ton combat, sois positif et sois déjà content que l’on en parle à l’écran.

Toujours est-il que je n’en sais pas plus sur la vie des trans dans notre société de cisgenre.

— Parenthèse fermée —