Savons-nous encore lire ?
Question étonnante pour quelqu’un qui bosse dans le visuel…

Je ne parle pas ici de la rentrée littéraire,
ni d’une capacité scolaire à évaluer.
Je parle de notre consommation exponentielle de visuel.

Savons-nous lire une image ?

Il y a quelques jours une image « choc » a buzzé dans notre quotidien.
Cette image a soit-disant réveillé l’Europe.
Je nuancerai, en disant qu’elle a agité un paquet d’Autruches aux belles plumes.

Cette image, aussi belle soit-elle,
au cadrage alléchant,
au sujet à sortir les violons,
m’interpelle par les réactions naïves qui en découlent.

Des pieds dans la Méditerranée cet été,
à l’indignation devant la machine à café.
Des publications de chatons mignons,
au partage d’un cadavre.
De l’envie de dresser un rideau de fer,
à l’ouverture de sa maison secondaire.

« Mon dieu, tu te rends compte c’est un enfant…! »
Et les autres êtres humains ?
Ceux que tu vois depuis des années à la télé,
Décapités, pendus, violés, lapidés, brutalisés, affamés, exterminés…
Tu t’en rends compte ? Cette normalité choquante ?

« C’est la faute aux gouvernements qui n’interviennent pas… »
Et toi, que fais-tu ?

Je n’ai rien contre ces images qui deviennent des icônes,
qui déplacent les foules,
sortent de leur contexte,
changent de sens comme de légende,
sombrent dans l’oubli ou illustrent nos livres d’Histoire.
Un vautour veillant un enfant affamé.
Une fille brûlée vive au napalm.
Une fille emprisonnée d’une coulée de boue.
Un garçon victime d’une rafle.
Un homme tombant d’une tour enflammée.
Un pendu pour sa couleur de peau.

Ces images culpabilisantes, symboles d’une histoire cyclique,
racontent toutes la même chose :
la majorité du temps nous fermons les yeux.