Je suis, je suis, je suis, je suis…
Non ce n’est pas un hommage à Julien Lepers.
Depuis ce début d’année, chaque catastrophe se voit imagée d’un « je suis ».

Dois-je être tous les malheurs du monde ?
Parce que du coup je suis tous les autres, sauf moi-même.
A moins qu’être moi-même c’est être tous les autres.

Je refuse de ne plus être moi.
Je refuse à me fondre dans ce pathos ambiant.
Je ne dis pas que je ne m’indigne pas face à la barbarie quotidienne.
Je dis juste que je ne veux pas me voir imposer le deuil et la tristesse.
Je veux être libre de pleurer, libre d’être choqué ou de ne pas l’être.

Ces derniers mois j’ai senti comme un poids sur mes épaules.
Un écœurement, des inquiétudes, des angoisses.
Pourtant je vais bien, je vis bien.
Mais j’ai remarqué que c’était « ambiant ».
Devant mes yeux, à coup de typographies boldées,
d’images, d’infographies, d’animations 3D,
de hastags, de flash info : on me forçait à m’endeuiller.

Le point ultime : la gestion du crash d’un avion de la Germanwings.
A chaque JT pendant une semaine, des éditions spéciales.
Un Pujadas en chaise, grisonnant, léger sourire, nous enivre d’hypothèses.
Et vas-y que je te montre les débris, en insistant bien que tu as sous les yeux des morceaux, des bouts des victimes qui jonchent le sol.
Une semaine, à faire venir des experts pour spéculer sur les causes du crash.
Une semaine à nous montrer des inconnus pleurer, à nous informer sur la vie d’un suicidaire qu’on ne connaissait pas.
Une semaine à nous montrer (au cas où tu n’as pas compris) des courbes illustrant la chute de l’avion.
Un défilé de politiques, qui nous sortent le grand jeu de la compassion… Exercice de plus en plus maîtrisé.

Sans oublier de te reparler de l’esprit du 11 janvier.
On va finir par l’ajouter à côté de l’Esprit Saint.
Oui ça ne dérange pas les JT de mélanger un attentat et un crash d’avion, tout en occultant un massacre au Nigeria (mais c’est tellement banal).
La bonne recette du Pathos digne d’un 3 étoiles, maîtrisée par le service public.
Je ne reviens pas non plus sur le crash d’hélicoptère lors d’un jeu télévisé.
L’interview « d’un rescapé » en direct des lieux du crash, reste un grand moment d’informations.

« Mais Camille, réveille-toi, ça fait des années que les médias surfent sur l’hyper-spectaculaire ! »
Oui, je le sais. La course à l’audience, la théorie des moutons, l’obscurantisme des temps modernes…
Mon inquiétude c’est de me dire que nous sommes devenus consommateurs de ce pathos, de ce trash, de cet hyper-spectacle.
Nous regardons notre monde comme nous regardons un film d’actions.
Assoiffés par la violence, le hard, le gore, l’absence de respect envers l’être humain.
Nous vivons une vie « intense » par procuration.

La question est simple qui doit-on blâmer d’en être arrivé là ?
Les médias où les consommateurs que nous sommes devenus ?
S’indigner est-ce s’afficher sur les réseaux, comment devons-nous agir ?

Éteignez vos écrans, rallumez vos cerveaux, il est temps de débattre à la terrasse des cafés.
C’est le printemps, apprenons à apprécier la vie !