Il y a du glamour, de la paillette, des robes de gala, un tapis rouge, des photographes et des coups bas, le tout bien loin des fumigènes des manif’ de mai.
À Cannes, le temps d’un festival, s’ouvre une parenthèse, l’occasion pour moi de revenir sur l’affiche même de ce 69e festival de Cannes.

Festival de Cannes 2016

Hervé Chigioni et son graphiste Gilles Frappier ont conçu cette affiche du 69e Festival de Cannes. L’identité visuelle 2016 a été créée par Philippe Savoir (Filifox).

L’hommage Godard-Piccoli

Un homme monte des marches… voilà comment on peut simplement comprendre cette affiche. Après tout Cannes est une histoire de marches.
Il faut aller chercher dans la culture cinématographique (ou dans le dossier de presse du festival) pour vraiment apprécier cette affiche et en comprendre son sens.

Cette photo est extraite d’un film de Jean-Luc Godard et représente l’acteur Michel Piccoli jouant le rôle d’un scénariste se nommant Paul Javal entrain de gravir les marches qui mènent au toit de la villa dessinée par Curzio Malaparte… Vous ne voyez toujours pas ?
Dans ce film, Brigitte Bardot joue le rôle de Camille et nous laisse explorer sa nudité tant réclamée par les américains de l’époque. Ah là vous voyez de quel film je parle !
En effet, cette photo est extraite du film Le Mépris de Jean-Luc Godard.

D’après le communiqué de presse « le Festival renouvelle son engagement fondateur : rendre hommage aux créateurs, célébrer l’histoire du cinéma et accueillir de nouvelles façons de regarder le monde. À l’image d’une montée de marches en forme d’ascension vers l’horizon infini d’un écran de projection. »

Et histoire d’aller jusqu’au bout du choix de visuel, devinez qui va monter en premier les marches de cette 69e édition ? Dans le mille, c’est Michel Piccoli en personne.
J’applaudis des deux mains cette subtile cohérence entre le visuel et l’événement.

Et mon affiche, tu l’aimes mon affiche ?

Oui. Je l’aime dans sa simplicité, je l’aime parce que ça change des portraits de stars des années précédentes. Je l’aime par sa dominante jaune, qui me réchauffe, me met d’une bonne humeur et associée à ce paysage me plonge dans les vacances d’été.

J’apprécie son double sens, l’homme qui monte les marches vers cet horizon qui nous laisse libre d’imaginer, de rêver, comme le cinéma. Et cet hommage à un film franco-italien, référence de la nouvelle vague.
Cette affiche c’est un peu cette citation qui ouvre Le Mépris : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. »

Godard, le Mépris et le Festival de Cannes

En dehors de l’hommage au scénariste et à l’acteur, c’est aussi mettre en avant un film qui dénonce la difficulté du métier du cinéma de l’époque. Un choix que j’apprécie d’autant plus que le cinéma français se réinvente. C’est un film qui a subi les exigences d’un univers qui nous est inconnu : les américains réclament « les fesses » de B.B, alors que Godard n’avait nullement envie d’exploiter la nudité de l’actrice, dans sa version italienne le film est amputé de 16min et sa bande originale complétement modifiée… les aléas du cinéma mis à l’affiche !

Je trouve amusant aussi le choix de ce film en sachant qu’entre Godard et le festival de Cannes ce n’est pas le grand Amour, un peu comme cette citation du réalisateur à propos de son film :
« Mon film c’est l’his­toire d’un malen­tendu entre un homme et une femme. Il est des moments de la vie ou l’on ne peut pas reve­nir en arrière et où quelque chose défi­ni­ti­ve­ment se casse, qui n’est ni la faute de l’un, ni la faute de l’autre, chacun en éprou­vant de la souf­france, de l’amer­tume, ou du regret ».

Pour une fois que l’on nous offre du grand Art, je n’aurai qu’un mot à dire pour conclure cet article : « Silenzio ! »

 

Et ça c’est cadeau 😉