Après 48 mois d’attente (ou pas), voici le top de départ de la Coupe du Monde de football 2018 ce jeudi 14 juin en Russie.

Cette compétition sportive et populaire, regardée par plusieurs centaines de milliers de personnes, s’est hissée au fil des années au rang de marque : Coupe du Monde de la FIFA™. Et comme pour toutes les grandes marques, il faut une identité visuelle propre, forte, impactante et mémorisable.

Cette Coupe du Monde de football est pour moi l’occasion de revenir sur son évolution visuelle et ainsi comprendre comment un événement sportif devient un symbole puis une marque reconnue et reconnaissable !

De la coupe Jules Rimet à la Coupe du Monde FIFA

1930 à 1950 : la Coupe du Monde de football s’affiche

À ses débuts, le championnat ou Coupe du Monde de football est un événement sportif durant lequel l’on remet la coupe Jules Rimet (directeur de la FIFA à l’origine de la compétition). La communication de l’événement à l’époque n’est pas aussi médiatique que de nos jours et respecte les codes de l’époque : l’affiche publicitaire.

Pas de logo, mais des affiches au graphisme soigné, dans un style propre aux tendances de l’époque : années 30, fascisme, les luttes ouvrières…

Le football est le centre de ces créations avec une mise en valeur du ballon rond à laquelle s’ajoute la représentation internationale, par un globe ou la présence des drapeaux.

De 1954 à 1966 : la révolution logotée de la Coupe du Monde de football

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Le minimalisme helvète

C’est officiel, pour son retour en Europe, le championnat du monde de football (coupe Jules Rimet) surfe sur la révolution industrielle (les grands groupes se marquent) et s’offre la qualité du design helvète.
Un logo minimaliste, qui sent bon l’époque de la RTF qui place le ballon de football au cœur mais aussi aux couleurs du pays hôte !

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Le style « Saul Bass »

Moins minimaliste que la précédente, la Suède opte pour une approche plus « Universitaire ».
On retrouve une typographie qui nous rappelle les campus américains.

Le ballon rond reste à l’honneur, tout comme la puissance du joueur. Derrière cette silhouette se cachera un Pelé, un Fontaine, un Koppa… en tout cas ce traitement graphique n’est pas sans nous évoquer l’affiche du film Vertigo de l’époque, mais surtout le style particulier de Saul Bass, graphiste et motion designer.

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Au cœur de l’arène, le foot en orbite ?

La construction du logo n’est pas sans rappeler celui de la Suisse en 1954. Le pays hôte au cœur, avec cette fois-ci la particularité de représenter le stade. Cette arène sera le cœur d’affrontements et de violences, dont il était coutume à l’époque : l’apogée d’un football agressif.

1962 c’est aussi la conquête spatiale, clairement mis en avant sur l’affiche, par ce ballon lunaire.

1966 Histoire de la coupe du monde, Angleterre
Pop British et Willie le lion

L’Angleterre, terre du football, accueille le trophée Jules Rimet (volé pendant quelques jours avant la compétition) et s’en empare déclenchant une ferveur populaire (relatée dans le célèbre We Are The Champions ! by Queen11 ans après).

Dans le logo, le pays hôte est à l’honneur avec l’utilisation de l’Union Flag, plus populaire à l’époque que le drapeau de l’Angleterre. C’est également l’arrivée d’une mascotte, le lion symbole du Royaume devient ici Willie, la première mascotte de la Coupe du Monde.

1970 à 1998 : le ballon rond by Adidas

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Génération Olympique et télévision couleur

Pour ce championnat mondial, on utilisera l’excellent travail d’identité réalisé par Lance Wyman’s pour les jeux olympiques de 1968 de Mexico. Cette typographie atypique devenue la marque Mexico ornera les écrans de télévision pour une première diffusion mondiale, en direct et en couleur.

Le logo met également en avant le nouveau design des ballons de football, désormais à facettes blanches et noires. La force de l’identité se suffit à elle même et sera déclinée en affiche.

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Changement de trophée

La RFA accueille et remporte le premier trophée « Fifa World Cup ». Suite à sa troisième victoire en 1970, le Brésil s’empare définitivement de la Coupe Jules Rimet (prévu à l’époque dans le règlement).
C’est alors un tout nouveau trophée qui voit le jour en 1974, mais ne sera pas encore un symbole.

Ici le logo est à l’image du design allemand, qualifié de minimaliste et d’industriel. L’affiche quant à elle est illustrée par Horst Schäfer, représentant le mouvement et mettant l’honneur sur les acteurs de cette Coupe du Monde de football.

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Derrière la télévision se cache la réalité

En pleine dictature militaire argentine, cette Coupe du Monde de football soulèvera beaucoup d’appel au boycott. Slogans, affiches et logo sont détournées pour évoquer une réalité non visible à travers le petit écran. Au départ, célébration de la victoire, ces visuels trouveront une tout autre signification.

Un ballon un artiste

Pas de grande révolution pour le visuel des Coupes du Monde qui ont suivi.
Un logo aux couleurs du pays, avec le ballon en élément central. On appréciera pour le Mexique, un magnifique clin d’œil (ou une continuité) au logo de 1970. Cette déclinaison autour du ballon se terminera en 1998, avec le ballon tricolore comme astre solaire rayonnant sur la planète.

Pour les affiches, c’est une déclinaison artistique, une volonté culturelle d’illustrer l’événement. Que ce soit par Joan Miró en 1982, l’hommage aux aztèques d’Annie Leibovitz, la métaphore de l’arène d’Alberto Burri, ou l’univers de Peter Max’s.

Pour 1998 c’est Natalie le Gall, étudiante en Beaux Arts, qui par une technique mixte, illustrera l’effervescence d’un stade… On ne va pas se mentir, la France a mieux réussi sa compétition que son affiche, même si elle reprend les codes graphiques de son époque (le logo de la série Friends par exemple).

La Coupe du Monde FIFA, un symbole, une marque.

2002 à 2018 : le trophée au cœur

La Coupe de l’Union

Le trophée s’est imposé comme emblème officiel de la Coupe du Monde FIFA. Il devient obligatoire de le représenter.

Que ce soit par la symbolique, ou la représentation graphique, le thème de ces 3 compétitions s’oriente vers l’humain, son union, sa ferveur.
En 2002, ce sont 2 pays qui collaborent pour accueillir la Coupe du Monde, et cette collaboration s’illustre même dans la conception de l’affiche, pour laquelle 2 calligraphes (un pour chaque pays) se réunissent pour la création.

En 2010 l’Afrique du Sud fera le pari d’unir et de représenter tout le continent africain pour cette première.

Le logo prémonitoire

En 2014, le Brésil joue aussi sur l’union du pays, de la faune, de la flore. Le Brésil est l’équipe la plus titrée (5 coupes remportées), le foot est sacré, il paraît alors facile de jouer l’union !

Ici, le logo porte officiellement le nom d’emblème (une volonté de la FIFA). Il est donc demandé de personnaliser l’emblème en fonction du pays hôte, tout en gardant la création d’affiche en complément.

Cet emblème était-il prémonitoire de la défaite brésilienne ? C’est ce que laisse entendre les supporters après la défaite 7 à 1 en demi-finale face à l’Allemagne, voyant dans cet emblème, un personnage qui se cache le visage pour pleurer.

Brésil, coupe du monde, logo

 

La Russie et son passé

Le rouge symbole d’une Russie unifiée, qui à travers cet emblème rend hommage à programme spatial. Cette identité visuelle fut d’ailleurs dévoilée dans l’espace… rien que ça !

L’affiche est une conception pleine de symbolique. Réalisée par Igor Gurovich elle reprend les codes du constructivisme, l’art officiel de la révolution russe de 1917.

L’artiste rend ici hommage au « dernier rempart de l’URSS », le célèbre et unique gardien de but à obtenir le ballon d’or : Lev Yachine.

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