Il n’aura pas fallu attendre le lancement de la campagne des présidentielles pour voir se dessiner les grands thèmes sur lesquels débattront les politiques. Des mots et des valeurs qui se répètent sans cesse, dans les journaux, sur les plateaux de télé, dans les grands discours, dans toutes les bouches.

La répétition c’est bon pour la mémorisation, mais est-ce pour autant que nous sommes compris ? Quel impact ces mots ont-ils ?

/ Le cas des fameuses valeurs républicaines

Les résultats d’un sondage IFOP/Atlantico de ce début septembre intitulé : les Français et la thématique républicaine dans le discours politique, mettent en avant un phénomène de lassitude face à la sur-utilisation de la thématique républicaine. Thématique préférée des politiques ces derniers mois, 75 % des interrogés considèrent que ces termes (République et valeurs républicaines) ne les touchent pas et ne leur parlent pas.

Par ailleurs si l’on regarde dans le détail, on s’aperçoit que cette lassitude est aussi présente chez les sympathisants du parti Les Républicains (64 %)… c’est pourtant l’étendard du parti !

/ On a toujours fait ça !

Oui en effet c’est la base de la politique : utiliser un vocabulaire « fourretout » pour que chacun s’y reconnaisse.
De beaux discours, des piques pour rabaisser l’autre et déclencher les buzz.
On connait la maitrise de l’hypotypose de Le Pen, l’éthos de Bayrou, la métaphore de Mélenchon, l’anaphore de Sarkozy, la suspension de Hollande. L’art des orateurs pour embellir le style d’un discours pour donner de l’impact sans pour autant y donner un sens clair et précis.

Sauf que là, il y a un problème de lassitude et comme dirait l’autre : « quand il y en a un ça va, mais quand il y en a plusieurs… ».
Un phénomène de lassitude qui est amplifié par la médiatisation de la politique et son omniprésence.

En outre depuis plusieurs années les électeurs se sentent exclus du système politique actuel sans pour autant être désintéressés par la politique en elle même (un coup d’œil sur youtube avec #OnVautMieuxQueÇa, ou les initiatives des primaires citoyennes permettent de le comprendre).
Pourtant on continue de se donner en spectacle avec une stratégie ancestrale qui fonctionnait, mais au regard de l’étude ci-dessus, qui provoque désormais une dangereuse lassitude.

Par conséquent, on arrive à une politique de rupture, où le débat est au ras des pâquerettes, où les stratèges (ou entourloupes) sont dénoncées, où l’électeur perd la foi et se tourne vers d’autres « charmeurs ».

 

/ Redonner du sens aux mots et aux valeurs

Une des avancées de la politique française, c’est de s’être vulgarisée. Réduire le fossé entre le vocabulaire élitiste et le vocabulaire populaire. La problématique c’est d’avoir confondu « vulgariser » et « infantiliser ».
L’électeur se sent désormais pris pour un idiot, enfermé devant une mauvaise émission de téléréalité des années 2000 avec des acteurs connus sous tous les angles.

Le principe de base pour une communication efficace c’est de respecter ces trois vecteurs : clarté, impact, mémorisation.
On est donc habitué à l’impact (« Moi, Président de la République »),ou la mémorisation («  Travailler plus pour gagner plus »), mais la clarté passe au dernier plan.
Comment peut-on demander aux Français de défendre les valeurs républicaines si l’on ne clarifie pas ces dernières ?
Au même titre que de parler de la laïcité, l’immigration, le social, le libéralisme, le patriotisme, la guerre, l’éducation…

En sachant qu’aujourd’hui, une partie de la société se cultive (de manière ludique) sur le web. On vérifie les dires et les casseroles, on accède à des contenus qui décryptent la politique autrement. Il est donc temps de redonner du sens aux mots, de relever le débat et de redonner du sens à la politique (en tant que citoyen, quel est l’intérêt, le changement, l’autre possibilité ?).

Par exemple on peut faire un petit parallèle avec les problématiques du consommateur face à la pub.
Le consommateur s’est senti pris pour un idiot, face à la réalité mensongère des publicitaires. Du coup adieu photoshop, adieu les clichés et adieu les « familles Kinder » on redonne de la valeur.
Le consommateur s’est senti envahi par la pub, l’omniprésence a créé le rejet via l’apparition des stop-pub ou ad-blocker. En réponse, le contenu publicitaire se veut moins généraliste et cible les intérêts du consommateur, on lui redonne du sens.

J’avoue que tout cela semble utopique, mais je vous invite à pousser la réflexion.
Le plus dur à mon avis sera de donner du sens au terme « politique » entre promesse et actions concrètes, et d’oser la vision long terme au lieu de se faire mousser sur des indicateurs à l’instant T.

 

/ Quelques pistes

La communication peut-elle changer les mentalités ? > vidéo
Prendre le temps d’expliquer, de démontrer, d’informer : le cas de #Hello17 by Voxe.org
Maîtriser les nouveaux outils de communication : la bataille perdue d’une réforme
La politique d’une 21e siècle : impliquer et écouter la communauté > vidéo interview

Com17 / C'est quoi ?

C'est une série d'articles au sujet de la communication en période électorale.
J'y apporte mon regard, mon analyse et mes réflexions en confrontant la communication des politiques et les troubles électoraux.

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