Elle ne rassemble pas les foules et ne décroche pas les audiences souhaitées. Alors que la primaire de la gauche — pardon, la primaire citoyenne de la belle alliance populaire — va arriver à son terme, il est temps pour nous de regarder la campagne visuelle des candidats (comme lors de la primaire de droite & du centre).

Le premier constat c’est qu’il m’a été difficile de trouver les affiches des candidats. En effet, ces derniers ont mené une campagne plus ou moins courte avec du visuel présent essentiellement sur les réseaux sociaux.
Le deuxième constat c’est que la propagande des candidats à travers une identité visuelle n’est pas très développée.
À l’inverse des candidats de droite qui se sont affichés et ont construit une identité propre à leur candidature.

 

Sylvia Pinel / François de Rugy / Benoît Hamon / Vincent Peillon / Arnaud Montebourg / Emmanuel Valls / Jean-luc Bennahmias

Sylvia Pinel

L’audace figée

L’affiche :

La candidate se positionne de profil, tournée vers la droite (le futur pour certains, d’autres y verront le centre droit), un sourire naturel, face à la lumière. Une optimisation de la netteté est réalisée au niveau des yeux. C’est donc le regard de la candidate qui est mis en avant.

La photo en bichromie de bleu nous plonge dans une sérénité, une absence de contrariété. On peut y voir le fameux bleu européen, surtout avec ces touches de jaune. L’ensemble reste très figé. Nous ne sommes pas dans l’action, mais dans la contemplation.

Ce qui est assez contradictoire avec ce dont on peut lire sur le cartouche blanc en haut à gauche qui recouvre l’oreille de la candidate (cacher le symbole de l’écoute est assez étrange comme choix).

Le slogan : De l’audace pour la France.

Aussi intéressant soit ce slogan, par sa rythmique et par sa douceur, il s’oppose trop fortement à l’affiche.
Une promesse d’audace doit être visible, mais la sérénité de l’affiche efface complètement ce message. Ou alors nous n’avons pas la même vision de l’audace.
Est-ce que c’est le choix du bleu qui est audacieux ?

François de Rugy

Le candidat aux aurores

L’affiche :

La candidat face à nous, tourne la tête vers sa gauche et regarde au loin. Il est positionné devant une mer calme aux aurores (indiqué par la teinte orangée du ciel).
Un encart blanc, transparent vient couper la photo. À travers cet encart, on y perçoit des éoliennes. Un rappel de la volonté écologiste du candidat (d’où la cravate verte ?), mais pourquoi en diminuer autant la visibilité ?

La composition de l’ensemble n’est pas inconnue. On l’a déjà vue pour une certaine « France Forte ».
De même, le travail typographique sur le nom du candidat n’est pas non plus sans rappeler un autre François, si on regarde la cédille ainsi que les traits. Clin d’œil volontaire ou involontaire ?

 

Le slogan : La France de tous les progrès.

L’ambition du candidat est fortement affichée. Placer la France dans le progrès, être à l’aube d’un renouveau, regarder vers l’avenir. Ici, ça fonctionne très bien avec la composition de l’affiche.
Le slogan reste pourtant assez basique et fourre-tout.

 

Benoît Hamon

L’esthétique d’homme d’État

L’affiche :

Le candidat sur fond blanc nous regarde de face, les épaules de 3/4. La prise de vue en noir et blanc vient sublimer le candidat. Un visage souriant, un regard soutenu (la lueur sur les yeux nous donne l’impression qu’il nous regarde), une sensation de calme, d’intimité et de maîtrise. Aucun faux pli ni sur les vêtements ni sur la peau.
Chemise blanche et cravate, le candidat opte pour la posture de l’homme politique traditionnel et présidentiable.
Le logo, reprenant le hashtag du web moderne, vient apporter la touche de bleu et de rouge : les couleurs du pays.
Amener le rouge à travers la couleur, mais aussi à travers la référence au cœur, apporte un contraste très inintéressant avec le fond blanc pour une meilleure visibilité.

Le slogan : Faire battre le cœur de la France.

Une promesse simple, ce slogan optimiste ne propose pas de tout renouveler, mais de continuer à faire battre le cœur d’un pays.
On n’est pas ici dans l’idée que « De battre mon cœur s’est arrêté ».
Deux sens de lecture, est-ce que le candidat se positionne comme le cœur de la France que nous devons faire battre, ou est-ce un programme politique ?

Vincent Peillon

Rose affirmé

L’affiche :

Le candidat sur fond rose reprend la posture et l’allure de l’homme politique traditionnel. Veste, chemise blanche et cravate, un brushing parfait et un éclairage valorisant. Les cheveux gris, les yeux bien bleus, les rides visibles accentuent la maturité de l’âge.
Il se dégage une posture hiérarchique, un peu comme ces grands patrons.
Une photo qui fait le boulot habituel et heureusement. En fin de compte, le candidat flotte sur ce fond rose agressif. Ça donne un rendu bâclé, un style low-cost, promotionnelle. Une absence de profondeur qui aplatit le tout et ne laisse rien ressortir.

Le slogan : Votez.

Difficile à commenter, le texte le plus visible étant le nom du candidat, et ensuite un appel au vote avec les dates. Aucun slogan, aucune promesse, juste du rose.

Arnaud Montebourg

La marinière en étendard

L’affiche :

Ce candidat célèbre pour le buzz de la marinière et du made in France en a fait une force. La déclinaison de la marinière en logo, et la reprise du code couleur donne naissance à une charte graphique moderne, repérable et déclinable.
On applaudit, car c’est le seul candidat à avoir pris (ou à avoir eu) le temps pour faire ce travail.
C’est moderne, c’est « web » (ça me rappelle le fameux « navi icon » ☰ des interfaces tactiles) et c’est « graphique ».
Ce qui est amusant, c’est que sur le site web, beaucoup auraient à y redire (mais là n’est pas le sujet).

Pour la photo, le candidat made in France se positionne tourné vers la gauche (le seule depuis le début) et surtout comme un candidat de terrain. Donc une photo où il est au milieu des gens (on perçoit une boucle de ceinture derrière lui) avec le regard fixé au loin avec un léger émerveillement.

Le slogan : Le Projet France

Un slogan comme un logo, ce candidat c’est LE projet France. On n’en sait pas plus, mais ce slogan laisse sous-entendre un projet d’envergure. Quelque chose de lourd, on imagine un immense dossier tomber sur le coin du bureau avec une note dessus intitulée « Projet France ».
Engageant ou effrayant ?

Emmanuel Valls

Simplement à gauche

L’affiche :

Le candidat nous regarde de face, les épaules tournées vers la gauche (le deuxième de la série), positionné sur un fond blanc et dans le coin inférieur gauche… Ce qui donne un déséquilibre dans la mise en page et une impression d’être coincé sur la gauche.
Le regard fixé vers nous, il semble s’imposer à nous (c’est une histoire de sens de lecture, notre œil est bloqué par son buste).
Les traits du visage sont tendus, ce qui enlève le côté naturel du sourire, qui d’ailleurs ne se retrouve pas dans le regard.

Derrière la tête du candidat, sur le haut de l’affiche vient se positionner un gros slogan, suivi du logo éponyme du candidat, comme une signature de citation.

Le slogan : Une république forte une France juste

Le slogan est scindé en deux. La rythmique fonctionne bien. On y retrouve le thème classique de la gauche : la France juste (L. Jospin et S. Royal). Et le thème d’une République forte (déjà vu à droite avec la France forte de N.Sarkozy ou V. Giscard d’Estaing).
Dans le choix des couleurs aussi on peut faire cette association, la république forte en bleue (de droite ?) et la France juste en rouge (de gauche ?).
À savoir si c’est volontaire, ou si c’est juste une volonté de reprendre les couleurs du drapeau national.

Sur le choix des mots on reste assez fourre-tout, déjà vu, mais aussi qui ne nous parle plus (pour rappel, le mot république ne parle plus pour 75 % d’entre nous).

Jean-Luc Bennahmias

Sans com’

Pas de commentaire possible sur ce candidat qui a fait le choix de ne pas marketer visuellement sa campagne politique.

Com17 / C'est quoi ?

C'est une série d'articles au sujet de la communication en période électorale.
J'y apporte mon regard, mon analyse et mes réflexions en confrontant la communication des politiques et les troubles électoraux.

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