Qu’il voit rouge, qu’il voit noir, orange ou vert, sur les routes de France un certain Bison Futé nous informe des bouchons.
Cet Indien bien français (et oui ce n’est pas un bison) s’est élevé comme une icône de la route des vacances. Du dessin animé à la mascotte 3D, retour sur une opération communication séduction du gouvernement français.

De l’embouteillage à l’indien : une communication d’État

En 1975, 60 000 aoûtiens se retrouvent coincés le 2 août sur la RN10 en direction de l’Espagne. On comptabilise 600 km de bouchons, de quoi faire la Une de la presse, devenant un drame national.
Sous la pression, les pouvoirs publics se réunissent et missionnent le service de l’exploitation routière et de la sécurité pour trouver une solution.

En 1976, trois leviers d’amélioration sont trouvés : étaler les déplacements, renforcer les itinéraires BIS et communiquer vers l’usager. C’est sur ce dernier point que repose la réussite de ce projet et impliquera la naissance de Bison Futé.

C’est à Daniel Robert, publiciste des causes d’intérêt général, que revient l’idée d’humaniser cette campagne pour rompre avec l’institutionnel trop classique et créer un lien de confiance et de proximité.
Ce grand chef indien, rusé, pisteur de légende est né sous le nom de Bison Futé. Le succès est au rendez-vous, Bison Futé est écouté par les visages pâles, en un été il va permettre de réduire les bouchons de 50 %.

1977 Bison futé sur son cheval présent sur les routes

1977 – campagne Bison Futé sur les routes – (AFP Archives)

 

Daniel Robert

« Vérité Vedette Vérifiée »

Expert français en communication, David Robert a fait ses débuts dans les années 70.

Célèbre pour être le concepteur des slogans et formules chocs :
– Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts ! (CFES)
– Tu t’es vu quand t’as bu ? (CFES)
– Au secours la droite revient (le PS)
– Éduquons ! C’est une insulte ? (la 5e)
– SNCF, c’est possible ! (SNCF)
– Accompagnez-les au moins jusque la frontière (Médecins sans frontières)

Il est surtout le premier à défendre le rôle de la communication dans les changements de comportement qui font évoluer la société. Pour lui, la publicité ne manipule pas, elle fait venir à la conscience une Vérité latente. Ce passage à la conscience passe par une mise en scène (Vedette). Mise en scène dont les tests veillent à prévenir d’éventuelles erreurs dans la manipulation des signes (Vérifiée).
C’est cette philosophie « Vérité, Vedette, Vérifiée » qu’il met au service des causes d’intérêt générales.

De la carte à l’appli : Bison Futé s’éternise

Au départ, Bison Futé distribue des cartes, indiquant les itinéraires BIS, puis par la voix des médias papier et des ondes radio, il informe les vacanciers. Quelques campagnes de publicités en fin des années 70, sous forme de dessin animé, lui ont valu le petit surnom de Bison Planté… les conseils n’étaient plus suffisants, il fallait désormais évoluer.

C’est donc début 80 que Bison Futé en regardant le nuage de données relevées sur le terrain se mit à faire des prédictions. Le fameux code, vert, orange, rouge, noir, est de vigueur en 1983, tel qu’on le connait aujourd’hui.
Sur le bord des routes surgissent les points-conseils où il fait bon de s’arrêter pour les enfants repartent avec un pin’s, un porte-clés à l’effigie du Bison Futé.

Cartes papier Bison Futé

En 1990, la mascotte subira une refonte graphique importante afin de ne pas se ringardiser. Les services de Bison Futé se multiplient, du 36-15 Route à l’audiotex en passant par l’internet dès 1997, la parole de Bison Futé est sacrée.

Les années 2000 marquent le début du déclin. L’indien est en voie de disparition sur les bords de route. La multiplication des moyens d’informations des conducteurs, les technologies embarquées déshumanisent la mission de Bison Futé.
Comme un dernier sursaut, la mascotte est redessinée, sous une forme 3D, abordant les traits d’un tout jeune Indien — pas forcément une réussite — et orientera désormais sa mission dans la diffusion numérique de l’information routière.

Evolution de la mascotte Bison Futé

Toujours vivant, mais déshumanisé, Bison Futé marque la réussite historique d’une communication d’État qui dure depuis plus de 40 ans et qui a joué un rôle dans le changement de comportement de la société.